Sable saharien teintant le ciel d'une couleur orangée - Crédits : Loriane Giumelli

Des métaux lourds sur l'Europe en février, et non du sable du Sahara ?

Dernière édition le 3 juin 2021 à 17:49 - Relecture par Cosima Mezidi Alem , correction par Anne Smadja , coordonné par Claire Guérou

C'est faux

En bref

Et si le sable saharien, venu recouvrir une partie de l'Europe en février dernier, était en réalité composé exclusivement de métaux lourds ? Un internaute, dans une vidéo publiée sur YouTube, expose cette théorie qui ne repose sur rien de solide.

Le 11 février 2021, une partie de l’Europe a été recouverte d’un fin sable jaune en provenance du Sahara, transporté par le Sirocco, un vent fort et chaud qui prend sa source en Afrique du Nord. Face à ce phénomène, Éric, un internaute franc-comtois, affirme avoir prélevé un échantillon de sable et l’avoir soumis à un test de détection de métaux lourds. Il a ensuite partagé cela sur sa chaîne YouTube, dans une vidéo vue un peu plus de 30 000 fois. Pour lui, le résultat est sans appel : la réaction positive serait la preuve que la substance déposée par le vent ne serait en aucun cas du sable mais un mélange de cobalt, de cadmium et de plomb, en d'autres termes, de métaux lourds. Pourtant, après analyse des différents éléments de la vidéo, rien ne prouve cela.

Le test

Le modèle de test Osumex utilisé pendant l'expérience
Le modèle de test Osumex utilisé pendant l'expérience

Le test utilisé par le vidéaste est fabriqué et commercialisé par Osumex, une société canadienne spécialisée dans les produits naturopathiques. Comme indiqué sur la fiche descriptive du produit présente sur le site internet de la marque, ce test est initialement conçu pour contrôler la présence de métaux lourds dans les fluides corporels (notamment la salive ou l’urine). Il est néanmoins précisé que «le kit peut être utilisé pour tester d’autres matériaux tels que l’eau, la nourriture, la peinture, le sol, etc. aussi longtemps qu’une solution appropriée peut être préparée pour une utilisation avec le kit».

Toujours selon le fabricant, ce produit est «un test préliminaire non quantitatif». Ainsi, ce kit peut détecter la présence de métaux lourds sans toutefois en mesurer la quantité ou la proportion. Contrairement à ce que dit l’internaute, en affirmant que les échantillons prélevés sont constitués de métaux lourds et non de sable, ce test ne peut permettre de déterminer la proportion de ces métaux dans les échantillons.

Le protocole

Au cours de la vidéo, Éric en dit plus sur la façon dont a été prélevé l'échantillon. Les particules de sable ont été récupérées sur la carrosserie de sa voiture à l’aide d’un coton-tige. Le tout a été ensuite enfermé dans un sac de congélation, avant d’être testé à l’aide du kit d’Osumex, en laissant agir le prélèvement une vingtaine de minutes au contact du révélateur, comme mentionné dans la notice. L'équipe de Journalistes Solidaires a exposé ce protocole à la professeure Karine Desboeufs, directrice adjointe du Lisa (Laboratoire interuniversitaire des systèmes atmosphériques) qui étudie, entre autres, le cycle de l’aérosol désertique et la pollution à grande échelle. Selon elle, une voiture est loin d'être le support idéal pour prélever un échantillon en vue de ce type de test, tant les risques de contaminer le prélèvement sont élevés. En effet, plusieurs éléments d’une automobile peuvent être sources de métaux lourds comme les gaz d’échappement, le frottement des plaquettes de freins ou encore la peinture de la carrosserie, retirée par une légère abrasion au moment du prélèvement.

Des métaux lourds pas forcément issus de l'activité humaine

Toujours selon le Pr. Karine Desboeufs, même si l’échantillon avait été récupéré dans les règles de l'art, il n'y aurait toutefois rien d'étonnant à trouver des métaux lourds dans le sable du Sahara, ces éléments étant naturellement présents dans le sol et l'atmosphère terrestre. Elle précise : «Si nous prenons l’exemple du plomb : les carburants plombés ne sont plus utilisés. Pourtant, lors d’analyses d’air, notamment dans le sud de la France, nous y retrouvons des traces de plomb, d’origine naturelle. Ces métaux lourds sont issus du mouvement de plaques géologiques à de grandes profondeurs, les faisant ainsi remonter à la surface.» Le cadmium et le cobalt peuvent aussi se trouver à l'état naturel. On les retrouve dans de nombreux objets du quotidien, car ils font partie de la composition des alliages, des batteries, du verre teinté et de certaines peintures. Il est à noter que le cadmium fait partie des composants de la fumée de cigarette.

Une expérience peu concluante

Journalistes Solidaires a contacté Eric, l’auteur de la vidéo. Après quelques échanges via Facebook, il dit avoir fait appel à un laboratoire de Genève, en Suisse, et être en attente de résultats. Il donne néanmoins son accord de principe pour une interview. Malgré cela, Éric ne répond plus depuis à aucun des messages de la rédaction.

Au vu du kit de test utilisé, du protocole de prélèvement de l'échantillon, et de la surinterprétation des résultats, aucun élément de cette vidéo ne permet d'accréditer la thèse avancée par son auteur.

En bref

Un internaute franc-comtois affirme, test à l’appui, que ce qui a recouvert une partie de l’Europe le 11 février 2021 n'était pas du sable saharien mais un mélange de métaux lourds. Pourtant, le test utilisé est un test de détection et non de mesure, l'echantillon a été prélevé sur une surface potentiellement déjà contaminée et l'auteur de la vidéo ne tient pas compte du fait que la présence de métaux lourds à l'état naturel dans le sable du Sahara n'a rien d'impossible.

Fiche Enquête

La fiche ci-dessous résume le parcours et la méthodologie employés pendant notre enquête.

Information

Vérifiée et fausse

Première apparition sur le web

Non renseigné

Dernière modification de la fiche de l'enquête
17 mai 2021 à 15:32
Lieu de publication constaté
Facebook
Actions entreprises par les journalistes

Nous avons retrouvé la vidéo de l'expérience. Nous avons pris contact avec son auteur ainsi qu'avec une minéralogiste experte du sujet.

Pistes et conclusions

Le jeune homme à l'origine de la vidéo l'a d'abord publiée sur YouTube, il affirme qu'il ne s'agit pas de sable mais bien de Cobalt. Il affirme depuis être en train de mener des analyses plus approfondies.

Le fabricant du test est la société Osumex, qui ne souhaite pas faire de commentaires sur l'utilisation de son test.

D'un point de vue minéralogique il ne semble pas du tout surprenant que du sable du sahara puisse contenir des métaux lourds, nous posons la question à une experte.

Equipe Journalistes Solidaires

Julien Cazenave

Geoffrey Gavalda

© Journalistes Solidaires

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