Cette photo de jeunes tenant en laisse des Blancs portant des casquettes pro-Trump, est en réalité une performance artistique.

Des pro-Trump tenus en laisse par des militants antiracistes ?

Dernière édition le 27 Jun 2020 04:15:09 - Relecture par Lina Fourneau , correction par Anne Smadja , coordonné par Lina Fourneau

C'est faux

En bref

Dans un tweet daté du 5 juin, Damien Rieu, du réseau FdeSouche, associe à tort des photos de personnes de couleur tenant en laisse des personnes blanches avec le mouvement Black Lives Matter.

Le 25 mai 2020, à Minneapolis, George Floyd, un Afro-Américain, meurt asphyxié sous le genou du policier blanc Derek Chauvin, au cours de son arrestation. Depuis, des manifestations se multiplient à travers le monde pour dénoncer les violences policières, demander justice pour les personnes qui en ont été victimes et soutenir les luttes antiracistes


Certaines de ces manifestations rejoignent le mouvement Black Lives Matter (BLM), mentionné dans le tweet. Le mouvement est né en 2013, dans le cadre de l’affaire Trayvon Martin, cet adolescent noir tué par balle en février 2012. Le hashtag #BlackLivesMatter est depuis régulièrement repris pour porter la lutte antiraciste et dénoncer les actes à l’encontre des personnes noires. C’est pourquoi, après le meurtre de George Floyd, le hashtag refait son apparition sur Twitter et devient le cri de ralliement lors des manifestations depuis la fin mai.


Ici, le tweet de Damien Rieu présente deux photos, précédées du commentaire suivant : «_À force d’humilier, les #BlackLivesMatter vont alimenter la haine et la colère…_». Les photos présentent une vingtaine d’hommes blancs à quatre pattes tenus en laisse par des jeunes personnes de couleur.


Les premiers portent un tee-shirt blanc et une casquette rouge arborant la mention «Make America Great Again» — un accessoire emblème de la campagne présidentielle du Président états-unien Donald Trump en 2016. Les seconds portent un tee-shirt avec la mention Indecline et le logo du collectif à l’origine de ce happening artistique. 


Une performance artistique signée Indecline


Contrairement à ce que sous-entend Damien Rieu, ces photos n’ont pas été prises dans le cadre des manifestations de soutien au mouvement Black Lives Matter aux mois de mai et juin 2020. Elles montrent une performance artistique intitulée «Hate Breed» (comprenez : race de haine) menée en mars 2019 par le collectif d’artistes engagés Indecline.


Fondé en 2001, ce collectif «se concentre sur les injustices sociales, écologiques et économiques dont font preuve les gouvernements états-unien et internationaux, les entreprises et les forces de l’ordre», peut-on lire sur leur site Internet. 


Indecline se mobilise régulièrement contre le racisme, les violences policières et la présidence de Trump. Leur moyen d’expression : le street art. Tantôt, la construction de sculptures à l’effigie de Trump le rapprochant du tueur en série qui se déguisait en clown, John Wayne Gacy, tantôt en réalisant une peinture murale représentant un portrait de Donald Trump, le rendant de plus en plus grotesque au fil des nouveaux ajouts de peinture, jusqu’à être transformé en personnage-zombie. Le 19 mars 2016, le collectif Underground avait affiché son soutien au mouvement Black Lives Matter en ajoutant des étoiles sur le Hollywood Walk of Fame avec les noms des victimes noires des violences policières.


«Hate Breed» interroge les consciences



Dans cette vidéo mettant en scène la performance, on peut voir que les laisses portent de petites étiquettes indiquant le nom de suprémacistes blancs ou de personnalités ayant tenu des propos racistes. Sont nommés, entre autres, David Duke (homme politique états-unien, militant de la suprématie blanche et ancien membre du Ku Klux Klan) et le Président Donald Trump. Des militants blancs sont ensuite promenés sur Hollywood Boulevard, tenus en laisse par d’autres militants noirs et hispaniques.


Bien que le collectif Indecline ait souvent affiché son soutien pour la cause, cette performance artistique n’est pas affiliée au mouvement Black Lives Matter. Par ailleurs, contrairement aux interprétations qui ont pu être faites de cette performance artistique, l’ambition annoncée du collectif n’était pas d’humilier les supporters de Trump. 


Comme le souligne cet article du magazine Rolling Stone, cette performance dénoncerait plutôt le fait qu’il soit souvent demandé aux personnes de couleur d’expliquer le racisme aux personnes blanches aux États-Unis. Dans un communiqué cité par ce magazine, le collectif explique la performance «Hate Breed» ainsi : «Les minorités sont si souvent placées dans cette position étrange de devoir, calmement et patiemment, mener leurs pairs racistes sur le chemin de l’empathie.»


L’une des ambitions politiques du groupe d’artistes est d’interroger la prise de conscience collective. Dans le communiqué, le collectif résume ainsi son message : «I will dog walk your ass to the truth» «Je vais promener ton cul jusqu'à la vérité.» Par cette image, Indecline dénonce le fait que ce serait aux victimes de racisme d'endosser un rôle pédagogique sur ce sujet alors que, de leur point de vue, les personnes blanches devraient elles-mêmes de se renseigner.



En bref


Ces photos n’ont pas été prises lors des récentes manifestations antiracistes en hommage à George Floyd et en soutien au mouvement Black Lives Matter.


Il s'agit d'une performance artistique menée en 2019 par le collectif Indecline. Celui-ci y dénonce la manière dont les personnes de couleur auraient la responsabilité d'éduquer les personnes blanches au sujet du racisme.


Le collectif ne fait pas mention d'une action contre les militants pro-Trump, ou d'une volonté d'humiliation.



Edit du 18/06 :
Après discussions au sein de la rédaction, et à la suite de commentaires de la part de nos lecteurs, nous avons apporté des modifications au présent article.
Ces modifications concernent le dernier paragraphe, ainsi que le "En bref", et permettent de donner la parentalité de l'interprétation artistique au collectif Indecline.

Fiche Enquête

La fiche ci-dessous résume le parcours et la méthodologie employés pendant notre enquête.

Information

Vérifiée et fausse

Première apparition sur le web

Non renseigné

Dernière modification de la fiche de l'enquête
23 Jun 2020
Lieu de publication constaté

Non renseigné

Actions entreprises par les journalistes
  • «À force d’humilier, les #BlackLivesMatter vont alimenter la haine et la colère...» peut-on lire sur le tweet de Damien Rieu publié le 5 juin dernier. Depuis, le post a été partagé plus de 600 fois et liké par 1 300 comptes.

  • Sur les deux photos partagées, des hommes à quatre pattes avec des casquettes bien connues de Donald Trump «Make America great again». Derrière eux, des Afro-américains semblant être en position de domination.

Pistes et conclusions
  • Cette image n'est pas issue des récentes manifestations en lien avec le meurtre de George Floyd, ni celles en lien avec le mouvement Black Lives Matter.
  • Il s'agit de clichés pris lors d'une performance artistique organisée par le collectif Indecline, en mars 2019. Une performance qui n'était pas non plus liée au mouvement Black Lives Matter - même si le collectif Indecline a déjà soutenu le mouvement lors d'autres actions.
Equipe Journalistes Solidaires

Lina Fourneau

Cypriane El-Chami

© Journalistes Solidaires

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