En temps de crise sanitaire, la ville de New York utilise son cimetière public, Hart Island, pour enterrer les morts du covid-19.

Des victimes du Covid-19 enterrées dans des tranchées à New York ?

Dernière édition le 25 Nov 2020 09:51:23 - Relecture par Lina Fourneau , correction par Alice Carel , coordonné par Denis Verloes

C'est vrai

En bref

Dans un tweet posté le 10 avril par CBS News, une vidéo dévoile des individus en combinaisons blanches enterrant des cercueils dans une large tranchée sur l'île Hart Island de New York. La vidéo est vraie, mais nous sommes loin d’une fosse commune creusée à la hâte.


Les images ont été tournées sur l'île de Hart Island à New York par Lucas Jackson pour une dépêche publiée sur le site de Reuters le 9 avril. Elles sont bien corrélées à la pandémie actuelle. Cependant, les enterrements de ce type sont monnaie courante sur l’île comme l’explique Mélinda Hunt, directrice de l’organisation à but non lucratif Hart Island Project. Contactée par Journalistes Solidaires, elle raconte que l’île, située au large du Bronx, est la dernière demeure des corps non réclamés et des victimes d’épidémie.



« Hart Island n’est pas là seulement pour le Covid-19. La ville enterre les morts ici depuis 151 ans. Il y a eu plusieurs épidémies pendant lesquelles, les gens ont été enterrés de la même manière. »



Depuis l’apparition des premiers cas de Covid-19 à New York, la ville fait face à une crise sanitaire de grande ampleur. C’est l'État des États-Unis qui reste à ce jour le plus touché par la pandémie – 18 076 morts le 30 avril selon les chiffres de la John Hopkins University.





Le nombre inconnu des victimes du Covid-19 sur Hart Island


Jusqu’au début du mois d’avril, les enterrements étaient effectués par les prisonniers de Riker’s Island. Vingt-cinq corps par semaine en moyenne. Contacté par e-mail, le porte-parole du Département de Correction de la ville de New York, Jason Kersten a déclaré le 24 avril :



« [Le nombre d’enterrements] varie selon les jours. [Dans la semaine du 20 au 24 avril] 85 personnes ont été enterrées en tout. »



S’il est avéré que le nombre d’enterrements a largement augmenté depuis le début de la crise sanitaire à New-York, il est en revanche impossible de connaître la proportion de victimes du Covid-19. Melinda Hunt, dont le travail est de collecter les biographies des individus reposant à Hart Island, prend l’exemple du SIDA pour en expliquer la raison :



« La cause de la mort reste confidentielle. Pour le SIDA, par exemple, nous avons encouragé les gens à ajouter des biographies. La ville ne révèle pas si quelqu’un est mort du SIDA mais les amis et les proches qui composent les histoires peuvent en parler. Nous espérons, une fois les données reçues, les mettre en ligne pour que les gens ajoutent les histoires des morts du Covid-19. »




La ville offre un enterrement public gratuit


Hart Island est un lieu de dernier repos pour les corps non réclamés. Cependant, comme l’a souligné Melinda Hunt sur Twitter, à cause de la récession économique qui touche les New Yorkais, certains pourraient choisir l’île pour bénéficier d’un enterrement public et gratuit pour leur proche défunt. Elle précise à Journalistes Solidaires :




« Beaucoup de monde à New York a perdu son emploi dernièrement et même la crémation la moins chère coûte 1 800 dollars, pour beaucoup c’est une grande somme d’argent. Ils ne devraient pas avoir honte s’ils ne peuvent pas s’offrir les services d’un croque-mort. Hart Island représente un lieu d’enterrement décent »



Les prisonniers de Riker's Island n'y travaillent plus


Depuis un mois, le Département de Correction de la ville n’emploie plus les prisonniers sur l’île. Une entreprise paysagiste, Pizzicusso Bros, a été engagée pour gérer les enterrements selon les informations du New York Post.


La crise du Covid-19 n’est cependant pas la seule explication. En décembre 2019, Bill de Blasio, le maire de la ville, signait le transfert de la gestion de Hart Island du Département de Correction au Département des Parcs et des lieux de loisir. Dans ce cadre, la fin du travail des prisonniers sur Hart Island était programmée au mois juillet 2021. La pandémie n’a fait qu’accélérer le processus.

Fiche Enquête

La fiche ci-dessous résume le parcours et la méthodologie employés pendant notre enquête.

Information

Vérifiée et vraie

Première apparition sur le web
10 Apr 2020
Dernière modification de la fiche de l'enquête
07 May 2020
Lieu de publication constaté

Non renseigné

Actions entreprises par les journalistes
  • D'abord intrigués par ces images de ce qui ressemble à des détenus enterrant des cercueils sommaires dans une tranchée commune, nous découvrons Hart Island,un cimetière public à New York depuis le 19ème siècle pour les corps non réclamés.
  • Nous découvrons également une association: Hart Island Project dont Melinda Hunt est la directrice.
  • Depuis 1980, Hart Island Project consiste à documenter la vie des personnes enterrées sur l'île.
  • Nous cherchons à contacter la promotrice du projet pour essayer d'en comprendre la nature, le fonctionnement et ce que l'irruption de la crise du Co-vid change dans la gestion du projet ou son orientation.
  • Contactée par mail et twitter, elle ne donne pas suite à nos premiers contacts (depuis le 17 avril ).
  • Nous essayons l'intermédiation par un contact des JS basé sur la côte est des Etats-Unis et qui pourrait appeler HI pour crédibiliser notre démarche.
  • 21 avril : Contact avec une journaliste correspondante aux Etats-Unis pour, Nastasia Peteuil, pour nous aider à entrer en communication avec Melinda Hunt, promotrice du projet Hart Island.
  • 25 avril: interview avec Melinda Hunt reportée. Contact Mail avec l'entreprise de paysagisme qui pratique les enterrements sur Hart Island depuis le mois d'avril: Pizzrusso Bros Landscaping and Gardening.
  • Interview réalisée le 27 avril.
Pistes et conclusions

Les images soumises à JS sont impressionnantes, elles semblent trop funestes pour être réelles.

En creusant du côté des médias américains, de la région de New York nous nous rendons compte qu'elle sont vraies, que le sujet a été relayé par les médias US et que sa responsable s'est exprimée en télévision.

Elles sont la conséquence de l'épidémie actuelle et de la volonté d'un projet humanitaire d'offrir une sépulture décente aux corps non réclamés.

Mais ce ne serait pas une pratique particulière à la période de coronavirus. L'épidémie donne cependant un éclairage particulier.

Nous décidons d'interroger sa promotrice, qui a récemment communiqué aux USA sur l'adaptation du projet Hart Island à la crise sanitaire du Coronavirus, pour commenter les images qui nous sont parvenues.

Equipe Journalistes Solidaires

Mathieu Lorriaux

Guillaume Amouret

© Journalistes Solidaires

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