Les plus riches continuent-ils à prendre l'avion pendant le confinement ?

Dernière édition le 29 Apr 2020 15:06:10 - Relecture par Hugo Barbieux , correction par Nelly Pailleux , coordonné par Denis Verloes

C'est essentiellement faux

En bref

Sur Twitter, le mercredi 1er avril, on a pu voir un ancien candidat La France Insoumise (LFI) aux Européennes fustiger l’inégalité du confinement entre les riches et les pauvres. Pour lui, les "riches" ne se soumettent pas aux mêmes règles que "le peuple confiné".



Sur le post du candidat, partagé 1 500 fois depuis, il pointe du doigt le cas du trafic aérien actuel. Selon lui, il est composé à 3/4 de vols en jet privé. Sur son tweet, Jim Delémont interroge ensuite le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner : 



Après l’ISF, sont-ils [les riches] aussi exonérés de confinement ?


Afin de légitimer son propos, il utilise le site Flight Radar qui permet d’afficher en temps réel l’ensemble des vols, privés ou commerciaux. En se servant de quelques exemples, l’auteur du tweet souligne une grande présence des avions de business malgré la diminution du trafic, conséquence directe de l’épidémie Covid-19.







  



Pour vérifier ces chiffres, nous avons contacté Ian Petchenik, l’attaché de presse de Flight Radar. Selon lui, les allégations portées par Jim Delémont sont fausses. 



"Pour la période actuelle, le chiffre global montre que les jets privés liés aux entreprises ne représentent que 5 % du trafic aérien mondial", justifie Ian Petchenik.



Nous sommes donc bien loin des 3/4 annoncés par le partisan LFI pour qui les compagnies aériennes spécialisées dans le transport d’entreprise ne sont pas soumises aux mêmes règles que “le peuple confiné”.


  


Mais alors que représentent les 95 % des autres vols ? 


Pour le jour pris en référence sur le tweet, Ian Petchenik rappelle qu’en réalité « 50 % sont des avions commerciaux ». Pour le reste, on peut également prendre en compte les hélicoptères, les avions militaires, ceux des gouvernements, mais surtout les vols médicalisés.


  
Pour mieux comprendre, nous nous sommes tournés vers Oyonnair, une compagnie basée sur l’aéroport de Lyon Bron (Auvergne Rhône-Alpes). Depuis vingt ans, elle est spécialisée dans le transport aérien d’entreprise. Agréée par l'Agence régionale de santé (ARS), la société est aussi chargée des transports médicaux d'urgence. Sur son site, l’entreprise se désigne d’ailleurs comme "le transporteur principal de toutes les équipes médicales et de greffons sur le territoire national français.”
  



Selon notre interlocuteur auprès d’Oyonnair, la compagnie assure ne pas effectuer de vols privés en ce moment. « En revanche, nous faisons décoller bien six à huit vols médicaux Covid par jour », nuance la société.


D’ailleurs, un des vols signalés par Jim Delémont sur son second tweet autour du même sujet semble correspondre à ce type de mission. Affrété par la compagnie Airlec, l’avion "Merlin 3B" qui a décollé à 18 heures de Bâle pour Toulouse le 1er avril peut correspondre aussi bien à un vol en jet privé qu’à un décollage médicalisé. Puisque cet appareil n’est pas strictement réservé à une activité d’entreprise, il est incorrect d'affirmer que tel est le cas.


  



  

Par ailleurs, même si tous les pays ne sont pas à ce jour entrés en confinement et permettent encore certains vols commerciaux et de business, le trafic aérien global a néanmoins drastiquement diminué.


Alors que Jim Delémont évaluait la présence des jets privés dans les airs à 75 % du trafic mondial, la réalité est toute autre. Les compagnies comme Oyonnair exploitent majoritairement leurs appareils pour du transport médical afin de répondre aux demandes sanitaires.


  




  


Identifier un appareil dans les airs est beaucoup plus simple qu’on pourrait l’imaginer. JS vous propose la bonne méthode à appliquer





  1. Il faut tout d'abord savoir que tout avion civil en vol émet un signal radio via un boîtier appelé transpondeur. Ces informations ne sont pas confidentielles et n'importe qui peut les consulter. Des sites internets, comme Flightradar24 par exemple, le permettent en quelques clics.
      




  2. Parmi les informations disponibles sur ces sites, l'une d'elles va particulièrement nous intéresser : c’est l'immatriculation de l'avion.
    Avec elle, et grâce à son préfixe, chacun peut connaître le pays d'enregistrement de l'aéronef : par exemple F pour la France ou OO pour la Belgique.




  3. Une fois le pays identifié, il suffit alors de consulter le registre d'immatriculation du pays concerné.




  4. Une fois l'avion identifié, il devient beaucoup plus facile de se renseigner sur les raisons de son décollage pour un jour précis.




Fiche Enquête

La fiche ci-dessous résume le parcours et la méthodologie employés pendant notre enquête.

Information

Vérifiée et essentiellement fausse

Première apparition sur le web
01 Apr 2020
Dernière modification de la fiche de l'enquête
30 Apr 2020
Lieu de publication constaté
Twitter
Actions entreprises par les journalistes

Pour nous rendre compte du trafic aérien, entre jets privés et compagnies commerciales, nous sommes partis sur du traitement de données. Pour cela, nous analysons le trafic aérien selon cinq tranches horaires, sur trois journées différentes (le 31/03, le 01/04 et le 02/04).

Nous avons également contacté Flight radar pour récupérer les données de la France, pour le week-end du 28-29/03. Nous avons aussi pris contact avec la Direction du trafic aérien (DTA) pour dresser un premier bilan sur la différence entre jets privés et vols commerciaux en ce moment.

Nous avons contacté l'entreprise Oyonnair, société spécialisée dans l'aviation d'entreprise et le transport sanitaire. Ces derniers ont les dispositions pour faire du rapatriement sanitaire. L'entreprise se désigne comme "le premier transporteur principal de toutes les équipes médicales et de greffons sur le territoire national français." Agrées par l'Agence Régionale de Santé (ARS), la société est aussi chargée des transports médicaux d'urgence.

Pistes et conclusions
  • La statistique globale de Flight radar montre qu' au 30 mars il y a eu 35 726 vols commerciaux sur 74 295 vols totaux. On peut déjà estimer qu'on est loin du 3/4 annoncé sur le tweet.
  • Oyonnair témoigne qu'il n'effectue pas en ce moment de vols privés, mais seulement 6 à 8 vols médicaux par jour.
  • Le croisement des bases de flight radar et open sky ne permet pas de retrouver les mêmes vols. Nous pensons qu’opensky ne trace pas les vols privés.
  • Selon Ian Petchenik, de Flight Radar, "de manière générale, le trafic de jets privés représentait 5 % des vols totaux sur le mois de mars".
Equipe Journalistes Solidaires

Lina Fourneau

julien cazenave

Amaury Lesplingart

Hugo Barbieux

© Journalistes Solidaires

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