Netflix : des spoilers dans le métro pour lutter contre le Covid-19 ?

Dernière édition le 02 Jul 2020 11:02:00 - Relecture par Lina Fourneau , correction par , coordonné par

C'est vrai

En bref

Dès le 26 mars, des images de panneaux publicitaires Netflix circulent sur les réseaux sociaux. Le message du diffuseur américain est clair : pour que tout le monde reste chez soi, il faut spoiler les séries les plus mythiques. Sauf que cette campagne n'émane pas de Netflix.

Depuis le mois de mars 2020, les autorités de nombreux pays prennent des mesures de confinement afin de lutter contre la propagation du coronavirus. Alors que près de la moitié de la population mondiale est cloîtrée chez elle, des irréductibles continuent à sortir pour se balader. Pour preuve, le 26 mars dernier les autorités françaises ont annoncé avoir dressé 225 000 amendes pour non-respect des consignes sanitaires.


Afin d'inciter la population à rester chez elle, les annonceurs ont vite rivalisé d’ingéniosité en matière de publicité. Le 25 mars, Netflix, géant du streaming habitué aux coups de force médiatiques, a semblé avoir remporté la palme de la créativité grâce à cette vidéo postée sur YouTube via le compte Ads of Brands.


 

La campagne créée par Seine Kongruangkit et Matithorn Prachuabmoh Chaimoungkalo 


   


"Si le virus ne vous empêche pas de sortir, les spoilers vont le faire"


"La meilleure manière d’empêcher la propagation du Covid-19 est de rester chez soi, mais certaines personnes continuent de penser que ce n'est pas grave de sortir et passer du bon temps". Dans la vidéo, la sentence tombe : Netflix aurait décidé de prendre une "mesure extrême" et d'installer des panneaux publicitaires urbains avec des spoilers de vos séries préférées. "Si le virus ne vous empêche pas de sortir, les spoilers vont le faire", alarme la voix off.


Très vite, la campagne devient virale sur la toile, touchant en premier lieu des comptes américains. Un tweet notamment mentionne les captures de la vidéo et cumule déjà plus de 87 000 retweets au moment d'écrire ces lignes. Au-delà des réseaux sociaux, les médias mainstream commencent aussi à diffuser l'information.


Sauf que ... cette vidéo n'a jamais été une campagne de Netflix.


En réalité, la plateforme n'est en aucun cas derrière le projet. Il s'agit d'une fausse campagne de communication imaginée par Seine Kongruangkit et Matithorn Prachuabmoh Chaimoungkalo, deux étudiants de la Miami Ad School Europe à Hambourg, en Allemagne. Nous avons pu joindre Seine Kongruangkit, l'étudiante et directrice artistique de cette fausse vidéo publicitaire.


 

Production : Julien Cazenave et Skan Triki


  


Salut Seine ! Peux-tu nous raconter comment l'idée ces publicités t'es venue ?



Je suis en plein dans mes études en Allemagne, mais à cause du coronavirus, j'ai dû rentrer à Bangkok. Quand j'ai atterri, l'un de mes amis, Matithorn Prachuabmoh Chaimoungkalo, m'a proposé de réfléchir à un projet pour inciter les Thaïlandais à rester chez eux, car le gouvernement ne faisait pas grand chose.



L'idée est-elle arrivée tout de suite ?



Au départ, on a réfléchi à des initiatives autour des réseaux sociaux avec des hashtags ou des challenges pour les millenials, mais ça n'a pas vraiment marché. Et puis, sorti de nul part, j'ai pensé aux spoilers. S'il y a bien une chose que nous les millenials on déteste vraiment, c'est qu’on nous gâche une série !



C'était donc simplement dans un but non-professionnel au départ ?



Matithorn trouvait l'idée géniale, il a écrit le script et m'a dit : "Allons le vendre à Netflix Singapour !" J'ai donc fait la vidéo pour que ce soit plus simple d'expliquer le concept, puis il a contacté l'agence qui bosse pour eux. Malheureusement, ils nous ont dit qu'ils n'en voulaient pas car ils ne spoileraient jamais leurs clients.



Ça aurait pu s'arrêter là...



Après avoir vu notre idée rejetée par l'agence, je l'ai juste mise en ligne sur le site Adsoftheworld avant d'aller me coucher. A ce moment là, je pensais que c'était trop simple pour faire le buzz. Le lendemain matin, quand je me suis réveillée, j'ai vu que c'était partagé dans tous les sens, et même publié dans des médias traditionnels. Certains ont pensé que c'était une vraie campagne !



Après, il y a eu un tweet d'un internaute, suivi par de nombreux followers, qui a évoqué notre campagne en criant au génie. Puis, le compte US de Netflix a dû réagir pour répondre que c'était une belle idée, mais ça ne venait pas d'eux, uniquement d'un travail d'étudiants. Est-ce que tu avais conscience que ça pouvait tromper les gens ?



Non, parce que quand je l'ai mise sur la plateforme Adsoftheworld, j'ai mentionné que c'était un travail d'étudiants, avec la mention "spec ad" [une campagne qui a été écrite mais n'a pas été diffusé, NDLR]. Les premiers ont partagé la vidéo en le mentionnant et au fur et à mesure, ça a dû se perdre.



Mais après un tel coup... Netflix a dû vous proposer de vous embaucher, non ?



Non, Netflix ne nous ont pas contacté. Mais d'autres agences l'ont fait, pour qu'on puisse la produire pour d'autres clients comme FirstSky, HBO, Hulu. On a quand même décidé de le garder à l'état de projet étudiant.



Penses-tu que la viralité de ce genre de message a un impact sur la manière qu'ont les gens d'appréhender leur confinement ?



Je pense que ça peut changer les choses. Je vois beaucoup de campagnes de publicité très créatives, en ce moment, qui servent à sensibiliser la population. J'en trouve un peu plus chaque jour et certaines peuvent vraiment aider, notamment celles autour de l’'importance de se laver les mains.



Vous avez d'autres projets pour la suite ?



Des médecins nous ont contacté et on travaille en ce moment bénévolement sur une campagne pour des hôpitaux thaïlandais. Pour eux, on crée des filtres Instagram autour d'une chanson très connue en Thaïlande, qui incite à ne pas sortir de chez soi. On attend maintenant que Facebook donne son feu vert à ce projet.



  


  



Fiche Enquête

La fiche ci-dessous résume le parcours et la méthodologie employés pendant notre enquête.

Information

Vérifiée et vraie

Première apparition sur le web
26 Mar 2020
Dernière modification de la fiche de l'enquête
02 Jul 2020
Lieu de publication constaté

Non renseigné

Actions entreprises par les journalistes

Nous avons retrouvé les premières occurrences de cette vidéo. Nous avons identifié médias et compte de réseaux sociaux qui ont massivement partagé la mauvaise information. Nous avons interviewé l'étudiante à l'origine de cette fausse campagne pour comprendre ses motivations initiales

Pistes et conclusions

Cette fausse campagne de publicité était en fait le travail de Seine Kongruangkit et Matithorn Prachuabmoh Chaimoungkalo, deux étudiants thaïlandais élèves de la Miami Ad School de Hambourg en Allemagne.

Equipe Journalistes Solidaires

Tim Vinchon

Sophie Bourlet

julien cazenave

© Journalistes Solidaires

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