L'auteur de la vidéo surinterprète les propos du Dr Klaus Püschel, directeur de l'Institut de médecine légale de la clinique universitaire de Hambourg. Crédit photo : CC0.

Personne n'est mort du SARS-CoV-2 ?

Dernière édition le 02 Jul 2020 11:02:00 - Relecture par Alice Carel , correction par Anne Smadja , coordonné par Tim Vinchon

C'est faux

En bref

Le 16 avril, un bloggeur dénommé «Jaba» soutient dans une vidéo sur YouTube que personne n’est mort du SARS-CoV-2. Pour affirmer cela, il se réfère à Klaus Püschel, un médecin légiste, en déformant l'affirmation de ce dernier.



C’est une vidéo que l’on peut retrouver sur une dizaine d’autres chaînes de la plateforme – elle est publiée «en mirroring», c'est-à-dire dupliquée pour contrer toute tentative de suppression. L’auteur en a également réalisé une version allemande ainsi qu'une version anglaise. Si on compte les visionnages de chaque vidéo, traductions incluses, le message a atteint plus de 235 000 vues dont environ 170 000 sur la seule chaîne miroir ATLAS 2.0 – d'où elle a finalement été retirée fin avril pour «non respect des règles communautaires».

L’auteur de la vidéo prévient dès le début : «Voilà, le mensonge est dehors, personne n’est mort du coronavirus, l’autopsie le prouve, le jeu est terminé.» Une affirmation qu’il prétend ensuite tenir d’un médecin légiste allemand dont il ne cite pas le nom. Il expose, en guise de preuve, un extrait de l’émission politique Markus Lanz sur la chaîne de télévision publique allemande ZDF, et un article du Hamburger Morgenpost, publié sur le site de FOCUS online.


Le médecin légiste s’appelle Klaus Püschel, il est directeur de l’Institut de médecine légale de la clinique universitaire de Hambourg (UKE). Depuis le début de l’épidémie dans la ville, l’institut autopsie tous les morts qui ont été, de leur vivant, testés positifs au Covid-19.



Ainsi, l’institut découvre pour certains cas que le Covid-19 n’est pas exactement la cause de la mort. En conséquence, la mairie de Hambourg publie quotidiennement deux chiffres



  • Celui de l’institut Robert Koch (RKI), qui dénombre les morts infectés par le virus à l’échelle fédérale ;

  • Celui de l’Institut de médecine légale de l’UKE, qui diffère parfois du RKI : l’autopsie confirmant ou infirmant le Covid-19 comme cause de la mort.


À Hambourg, tous les morts du Covid-19 souffraient de comorbidités


Selon le Hamburger Morgenpost, Klaus Püschel a déclaré qu’à Hambourg, personne n’est mort du virus sans avoir été porteur d'une autre maladie antérieure. Il précise au tabloïd de Hambourg :



«Tous ceux que nous avons autopsiés jusqu’ici avaient un cancer, une maladie chronique des poumons, étaient de grands fumeurs ou souffraient d’obésité morbide, de diabète ou d’une maladie cardiaque.»



Le 9 avril, Klaus Püschel, invité à s’exprimer sur le plateau de Markus Lanz, explique sa position par rapport au Robert-Koch Institut, qui gère la crise sanitaire sur le plan fédéral en Allemagne :



«Le Robert-Koch Institut peut nous dire : “c’est un mort qui, au préalable, a été testé positif [au covid-19]”. Nous autopsions [le corps de la victime] et nous diagnostiquons alors un infarctus ou un accident vasculaire cérébral. Cela n’a rien à voir avec cette infection [au SARS-CoV-2].» Les victimes du virus «sont des personnes âgées et malades et qui, je le dis en pleine conscience, du moins une partie d’entre elles, seraient mortes de toute manière.»



À aucun moment, il ne déclare que personne n’est mort du coronavirus. Il s’agit bien d’une surinterprétation de ses propos.



Les morts infectés par le SARS-CoV-2 sont-ils incinérés ?


L'auteur de la vidéo prétend également que seule une autopsie permet d'attester d'un cas de Covid-19, et que la France et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont ordonné l'incinération des corps sans autopsie au préalable. Ces deux affirmations sont fausses.


Interrogée par JS, Irène François-Purssell, secrétaire générale de la Société française de médecine légale, explique :



«Le diagnostic ne se fait pas à l’autopsie mais sur des critères virologiques, cliniques et radiologiques.»



La France s'appuie sur le droit funéraire adapté aux circonstances de la pandémie : il est possible de choisir entre l'inhumation et la crémation. En revanche, les soins de thanatopraxie sont interdits sur les défunts (ou présumés défunts) du coronavirus. 
L'OMS n'a pas non plus ordonné la crémation immédiate des cadavres de personnes mortes du coronavirus. Dans un guide provisoire à l'attention des directeurs de pompes funèbres, des autorités religieuses et de santé, et des familles, l'organisation indique :



«En-dehors des fièvres hémorragiques (ex. Ebola) et du choléra, les cadavres sont en général non-contagieux. C’est un mythe courant que les personnes qui sont mortes d’une maladie transmissible devraient être incinérées, mais ce n’est pas vrai. La crémation est une question de choix culturels et de moyens.»



Fiche Enquête

La fiche ci-dessous résume le parcours et la méthodologie employés pendant notre enquête.

Information

Vérifiée et fausse

Première apparition sur le web
16 Apr 2020
Dernière modification de la fiche de l'enquête
02 Jul 2020
Lieu de publication constaté
YouTube
Actions entreprises par les journalistes

Dans une vidéo publiée sur la chaine ATLAS 2.0 le 16 avril et qui comptabilise maintenant près de 114 500 vues (20 avril), un individu affirme que personne n'est mort du coronavirus en se basant sur les dires du médecin légiste allemand Klaus Püschel.

Le médecin légiste Klaus Püschel n'a jamais dit que personne n'était mort du Covid-19. Son expertise se limite tout d'abord aux victimes du coronavirus à Hambourg.

Selon lui, tous les morts du Covid-19 à Hambourg souffraient de comorbidités comme un cancer, une maladie chronique des poumons, un diabète, une maladie cardiaque ou bien ils étaient fumeurs ou obèses.

21 avril : consultation de la fiche d'actualité à l'attention des services de préfecture visant à préciser la mise en œuvre du service public funéraire dans le cadre de l’épidémie de Covid-19. Ce document permet de contredire l'affirmation selon laquelle la France a ordonné l'incinération immédiate des défunts morts du Covid-19.

22 avril : Interview de Sandra Bos, virologue à l'université de Berkeley et membre du collectif scientifique "Kezacovid". Elle nous a éclairé sur l'effet du virus dans le corps et pourquoi le Sars-Cov-2 peut être mortel, surtout lorsque les personnes contaminées ont des comorbidités. Contact mail avec l'Organisation mondiale de la santé. La porte-parole Fadela Chaib nous indique qu' "en dehors des fièvres hémorragiques (ex. Ebola) et du choléra, les cadavres sont en général non-contagieux. C’est un mythe courant que les personnes qui sont mortes d’une maladie transmissible devraient être incinérées, mais ce n’est pas vrai. La crémation est une question de choix culturels et de moyens."

23 avril: contact mail avec l'institut de médecine légale de Hambourg. Contact mail avec la Société française de médecine légale. Sa secrétaire générale, Irène François Purssell (également cheffe du service de médecine légale au CHU de Dijon) nous répond que "des autopsies ont été faites, montrant des lésions spécifiques. Le diagnostic ne se fait pas à l’autopsie mais sur des critères virologiques, cliniques et radiologiques."

Pistes et conclusions

Faux. Le médecin légiste Klaus Püschel n'a jamais dit que personne n'était mort du Covid-19.

Selon lui, tous les morts du Covid-19 souffraient de comorbidités comme un cancer, une maladie chronique des poumons, ou bien ils étaient fumeurs, obèses ou souffraient de diabète ou de maladies cardiaques.

Par ailleurs, cette affirmation est fausse dans son ensemble: des personnes en bonne santé sont mortes du Covid-19, même si ces cas sont largement minoritaires.

Klaus Püschel est directeur de l'institut de médecine légale à Hambourg qui se charge de vérifier les causes de la mort des patients infectés par le virus. Les chiffres donnés par l'institut sont plus bas que ceux du Robert-Koch Institut qui compte tous les morts infectés par le virus, même si les causes sont autres.

L'auteur de la vidéo prétend également que seule une autopsie permet d'attester un cas de coronavirus. Interrogée par JS, Irène François-Purssell, secrétaire générale de la Société française de médecine légale, indique que "le diagnostic ne se fait pas à l’autopsie mais sur des critères virologiques, cliniques et radiologiques."

Il affirme ensuite que la France et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont ordonné l'incinération des corps sans autopsie au préalable. C'est faux.

La France s'appuie sur le droit funéraire adapté aux circonstances de l'épidémie : il est possible de choisir entre l'inhumation et la crémation. En revanche, les soins de thanatopraxie sont interdits sur les défunts du coronavirus.

L'OMS n'a pas non plus ordonné la crémation immédiate des cadavres de personnes mortes du coronavirus. Dans un guide provisoire à l'attention des directeurs·trices de pompes funèbres, des autorités religieuses et de santé, et des familles, l'organisation indique qu' "en dehors des fièvres hémorragiques (ex. Ebola) et du choléra, les cadavres sont en général non-contagieux. C’est un mythe courant que les personnes qui sont mortes d’une maladie transmissible devraient être incinérées, mais ce n’est pas vrai. La crémation est une question de choix culturels et de moyens."

Equipe Journalistes Solidaires

Guillaume Amouret

Floréane Marinier

© Journalistes Solidaires

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