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Philippe Bonneville a-t-il prouvé l'inexistence du coronavirus ?

Dernière édition le 04 Aug 2020 19:00:44 - Relecture par Cypriane El-Chami , correction par Anne Smadja , coordonné par Geoffrey Gavalda

C'est faux

En bref

Un journaliste a effectué 24 tests du coronavirus sur de l'équipement urbain à Montréal et tous se sont avérés négatifs. Mais attention à la surinterprétation des résultats.

Dans une pastille audio publiée le 27 mai dernier, Philippe Bonneville, journaliste pour la radio montréalaise 98.5 FM, raconte sa dernière enquête.


Le journaliste dit avoir réalisé 24 tests de détection du coronavirus dans des lieux de passage à Montréal et en particulier sur des appareils susceptibles d’être touchés par de nombreuses personnes : distributeurs automatiques, barres de métro ou encore pompes à essence.


Après l'analyse de ces prélèvements en laboratoire, aucun des tests effectués ne s'est révélé positif à une quelconque contamination par le Sars-CoV-2.


Sur les réseaux sociaux, un certain nombre de publications, dont certaines avoisinent les 4 000 partages, interprètent ces résultats comme une preuve de l’inexistence du virus.


Un protocole rigoureux mais sans valeur scientifique


Joint par téléphone, Philippe Bonneville a apporté quelques précisions sur les raisons qui l'ont amené à faire cette expérience.


Selon lui, l'idée de ce test est née en réponse à l'inquiétude croissante d'une partie de la population montréalaise, alarmée par les études traitant de la durée de vie du virus sur les surfaces inertes.


En effet, au moment de son expérimentation, la ville de Montréal est l’épicentre de l’épidémie au Canada.


Pour que cette expérience soit réalisée de la façon la plus rigoureuse possible, le journaliste a fait appel à Marc Hamilton, microbiologiste de la société Eurofins EnvironneX, spécialisée dans les analyses microbiologiques.


La veille de la collecte des échantillons, le journaliste nous dit même avoir suivi une formation_ _afin de s'assurer qu'il effectue les prélèvements le plus efficacement possible tout en évitant les contaminations accidentelles.


Malgré le sérieux de la démarche et les précautions prises (changement de gants à chaque prélèvement, stockage des échantillons à 4 °C, délai réduit au maximum entre le prélèvement et l'analyse...), Philippe Bonneville nous confirme que cette expérience n'a aucune valeur scientifique :



«[Le test] ne démontre rien de scientifique, mais peut rassurer certaines personnes qui se diraient : le virus est partout».



Pour parler d'expérimentation scientifique, il aurait fallu répondre à un protocole soumis à une révision par les pairs et préparé avec davantage de rigueur, notamment à propos du nombre de prélèvements, de la reproductibilité du protocole, ou encore de la mise en place d'échantillons témoins.


Quand bien même cette expérience aurait répondu à tous ces critères, elle n'aurait en aucun cas pu prouver l’inexistence du Sars-CoV-2 de façon absolue (voir encadré).


Des résultats étonnants mais qui ne prouvent pas l’inexistence du virus


Toujours au micro de Journalistes Solidaires, Philippe Bonneville est étonné des résultats du test, mais souhaite tout de même expliquer ce que nous enseigne cette expérience selon lui :



«On a eu 0 [test positif] sur 24, mais on ne prétend absolument pas qu'on ne peut pas retrouver le virus sur nos mains ou dans des endroits publics.»



Interpréter cette expérience comme une preuve de l’inexistence du Sars-CoV-2 relève d'une surinterprétation de résultats très parcellaires.



En bref



  • Le journaliste Philippe Bonneville a bien réalisé 24 tests de détection du Sars-CoV-2 sur des surfaces à Montréal. Ces tests se sont effectivement avérés négatifs.

  • Il serait scientifiquement faux d'avancer que le résultat négatif de ces prélèvements signifie que le Sars-CoV-2 n'existerait pas.




Pour aller plus loin...


Peut-on prouver l'inexistence de quelque chose ?


Prouver l’existence de quelque chose n'est pas si compliqué que cela. Il suffit de trouver un exemplaire de la chose en question pour pouvoir affirmer qu'elle existe. Mais quid de l’inexistence ?


Disons que vous souhaitiez prouver que les dinosaures sont bien des animaux du passé, c'est-à-dire qu'ils n'existent plus aujourd'hui. Comment procéder ? 


Il faudrait que vous puissiez vérifier sur tous les recoins de notre planète, au même moment, qu'il n'y ait pas un reptile préhistorique caché quelque part, ce qui est impossible en l'état actuel des connaissances.


Cependant, le fait qu'aucune preuve n'ait été apportée sur l'existence de dinosaures vivants à notre époque nous pousse à penser qu'il est très peu probable que les dinosaures soient toujours vivants. Mais il est scientifiquement impossible d'en apporter la preuve. 
Cet exercice de pensée peut être résumé par cette citation de Michel Jouvet :



«L'absence de preuve n'est pas la preuve de l'absence».



Fiche Enquête

La fiche ci-dessous résume le parcours et la méthodologie employés pendant notre enquête.

Information

Vérifiée et fausse

Première apparition sur le web

Non renseigné

Dernière modification de la fiche de l'enquête
05 Aug 2020
Lieu de publication constaté
Facebook
Actions entreprises par les journalistes

Nous remontons à la source des posts Facebook jusqu'au reportage originel du journaliste, bien plus complet.

Nous cherchons d'autres exemples de détournement de ce sujet avec un caractère complotiste et en trouvons plusieurs, totalisant à eux tous environ 4,000 partages sur Facebook, soit 10 fois plus que le reportage d'origine.

Pistes et conclusions

Le fait d'être remonté à la source nous apprend que le journaliste ne conclue pas du tout à l'inexistence d'une bonne nouvelle et qu'il était épaulé par le laboratoire fabriquant les tests et leur dirigeant, qui est microbiologiste. Les tests ont donc l'air d'avoir été réalisés avec rigueur.

Le journaliste insiste à de multiples reprises sur ce que l'on peut ou ne peut pas déduire de ces résultats et sur les implications qui en découlent, avec prudence.

Equipe Journalistes Solidaires

julien cazenave

© Journalistes Solidaires

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