Le préfet de Seine-et-Marne veut-il “mobiliser” les réfugiés pour prêter main forte aux maraîchers ?

Dernière édition le 29 Apr 2020 15:06:10 - Relecture par Nelly Pailleux , correction par , coordonné par

C'est vrai

En bref

Ce lundi 30 mars, la préfecture de Seine-et-Marne a mis en ligne un communiqué annonçant qu’une cinquantaine de réfugiés allaient être recrutés pour venir en aide aux agriculteurs du département. Une publication qui a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux.

Main d’œuvre saisonnière, les réfugiés en renfort !Le titre du communiqué de la préfecture de Seine-et-Marne (77), mis en ligne lundi 30 mars, se voulait direct et annonciateur de bonnes nouvelles. Pour pallier les difficultés de recrutement rencontrées par la profession agricole en cette période de confinement, le préfet a décidé de "mobiliser les réfugiés” en demandant aux gestionnaires des hébergements d’urgence des demandeurs d’asile de son département de faciliter la mise en relation entre les réfugiés et le secteur.



  


Faisant suite à l’épidémie de coronavirus, certains maraîchers du département ne disposent pas de la main d’œuvre saisonnière étrangère nécessaire et peinent à recruter alors que se profile dans quelques jours le ramassage des fruits et légumes en terre (notamment des fraises et des asperges) et que les légumes qui seront récoltés en juin doivent être plantés dès maintenant”, peut-on lire dans le communiqué de la préfecture. “Ces fruits et légumes sont indispensables pour approvisionner les marchés franciliens”.


  


Sur les réseaux sociaux, la publication n’a pas manqué de faire réagir, remontant jusqu'à des personnalités publiques. Certains internautes se sont fendus de messages anti-immigrés quand d’autres se sont inquiétés de la rémunération et des conditions de sécurité sanitaire.


  


"Initiative courante"


  


Le préfet, lui, s’étonne que son dispositif, né d’une concertation entre les services de l’État et la profession agricole, ait suscité autant de réactions.


  


Les choses sont extrêmement simples” indique Thierry Coudert, que nous avons joint par téléphone :


  



D’un côté, il y a les représentants de la filière agricole qui ne peuvent pas faire venir leurs travailleurs saisonniers habituels des pays de l’Est, de l’Espagne ou du Portugal en raison de l’épidémie de Covid-19 et qui a des besoins en main d’œuvre importants. Et de l’autre côté, il y a des réfugiés - des Afghans, des Somaliens, des Erythréens - souvent des jeunes hommes qui dans leurs pays avaient déjà plutôt des activités agricoles et qui ne demandent qu’à travailler et qui là pourront le faire pendant deux ou trois mois”.



  


Et d’ajouter que ce genre d’initiative est courante, notamment dans le BTP. “Nous essayons toujours de créer des opportunités, particulièrement dans les secteurs en tension”, explique-t-il.


  


Ce dernier admet que c’est la mention des “hébergements d’urgence des demandeurs d’asile” dans le communiqué qui a pu créer la confusion. “C’est le nom que l’on a donné à ces structures. Les réfugiés peuvent y résider plusieurs mois avant de trouver un emploi, d’avoir une situation pérenne qui leur permet de devenir autonomes.”, justifie-t-il.


  


Payés au moins au SMIC


  


Le préfet rappelle que ce travail ne sera effectué que sur la base du volontariat et souligne que l’appel ne s’adresse pas aux demandeurs d’asile mais uniquement aux personnes ayant le statut de réfugié, c’est-à-dire des gens en situation régulière qui ont le droit de travailler en France pour gagner leur vie et qui bénéficient à ce titre de la sécurité sociale. “Ces personnes volontaires auront un contrat de travail et seront payées au moins au SMIC, indique Thierry Coudert.


  



Elles bénéficieront des mêmes protections que les autres salariés. On ne peut pas imaginer que la préfecture va mettre des gens au travail gratuitement, il ne s’agit pas ‘d’esclavage moderne’ comme j’ai pu le lire sur Twitter”.



  


Quant aux mesures sanitaires, le préfet assure qu’elles seront “garanties, tout comme pour les autres salariés saisonniers, avec la mise en place des gestes barrières” sans toutefois donner plus de précisions.


  




  


À ce jour, la préfecture de Seine-et-Marne indique que 70 réfugiés ont répondu à l’appel pour venir travailler à la récolte des salades, des fraises et des asperges sur les parcelles agricoles du département.

Fiche Enquête

La fiche ci-dessous résume le parcours et la méthodologie employés pendant notre enquête.

Information

Vérifiée et vraie

Première apparition sur le web
30 Mar 2020
Dernière modification de la fiche de l'enquête
02 Jul 2020
Lieu de publication constaté
Twitter
Actions entreprises par les journalistes

Mail à la cellule de communication de la Préfecture de Seine-et-Marne. Message privé sur Twitter à la cellule de communication Préfecture de Seine-et-Marne. Interview du préfet de Seine-et-Marne pour avoir plus d'informations Retranscription de l'entretien avec le préfet.

Pistes et conclusions

Le premier tweet du préfet avait déjà plus de 300 retweets le 31 mars à 13h20 et beaucoup de réactions d'indignations. La préfecture n'a d'abord pas encore répondu au mail. Au message privée sur Twitter, la réponse fut "veuillez nous envoyer un mail"... Entre temps, un nouveau tweet du compte du préfet, le 31 mars, indique que les réfugiés seront rémunérés comme "tous les ouvriers agricoles" et qu'ils "travailleront dans les conditions sanitaires garanties.

Notre journaliste a finalement pu s'entretenir avec le préfet qui a répondu plus en détails à nos questions.

Equipe Journalistes Solidaires

Kozi Pastakia

© Journalistes Solidaires

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