L'infographie relayée de nombreuses fois présentait des recommandations sanitaires...pas toujours fiables.

Une infographie de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine reprend-elle de fausses mesures sanitaires ?

Dernière édition le 02 Jul 2020 11:02:00 - Relecture par Alice Carel , correction par Anne Smadja , coordonné par Tim Vinchon

C'est essentiellement vrai

En bref

Le 26 mars 2020, l’Union des syndicats des pharmaciens d’officine a publié sur son site une infographie des gestes à adopter en «rentrant chez soi», pour «vivre avec une personne à risque» et enfin pour «sortir» pendant la pandémie de Covid-19. Relayée auprès de 22 000 officines et partagée sur les réseaux sociaux, ces recommandations peuvent cependant être nuancées.






Le signalement d'un internaute faisait état d'une «Infographie de l'Union des Syndicats de Pharmaciens d'Officine (USPO)» reprenant «de fausses mesures sanitaires» en plus de celles publiées par l'Unicef. Cette infographie, relayée de façon sporadique par des internautes sur Twitter et sur Facebook n’est pas en vérité une œuvre originale du syndicat, qui par son titre, peut laisser penser être une autorité en la matière. 


 


L'origine de l'infographie




 


L'infographie ne comportait pas, dans sa version sur le site de l'USPO, de mention de l'auteur ou de l'organisme qui a émis ces recommandations retranscrites en pictogrammes visuels.


Contactée par Journalistes Solidaires, la structure syndicale indique l’avoir récupérée d’un de ses membres, la Communauté des professionnels territoriales de Santé d’Avignon et que la trouvant efficace, elle a jugé opportun de la partager à son réseau, constitué de près de 22 000 officines.


La première version française se retrouve sur le site d’un blogueur orienté voyage, qui indique avoir traduit rapidement l’infographie de l’espagnol et l'avoir publiée le 23 mars. Il indique l’avoir récupérée de l'association bolivienne GEOS, qui l'a initialement publiée le 18 mars. Elle est référencée sur le site de l'Unicef Pérou qui a ainsi repris le travail de l'une de ses ONG affiliées.






Par ailleurs, ce ne sont pas les seuls à avoir trouvé cette infographie parlante : le Premier ministère du Mali, suivi par plus de 50 000 abonnés sur Twitter, l'a également reprise partiellement le 26 mars.


Cette infographie partage-t-elle des recommandations fausses ?


Pour décrire, critiquer, reformuler ou encore écarter certaines mesures de cette infographie, il faut s’autoriser différents niveaux de lecture : on doit tenir compte des connaissances scientifiques que nous avons du virus, des caractéristiques épidémiologiques mais aussi de nos pratiques sociologiques de vie. C’est pourquoi nous proposons d'en écarter certaines, d’en nuancer d’autres et de rappeler celles qui se montrent efficaces.


Journalistes Solidaires a sollicité l'expertise de Thomas, biologiste et chimiste en CHRU, et Étienne Lengline, médecin hématologue affecté en réanimation à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Nous avons aussi consulté les recommandations de l’OMS et celles des Agences régionales de Santé – vous pouvez vous y reporter pour obtenir des renseignements précis pour votre région.







Ce qui n’a aucun intérêt ou est impossible

Il y a peu de chance d’être infecté avec des résidus du virus que nos chaussures auraient récoltés sur la chaussée. Enlever ses chaussures en rentrant chez soi n’est donc pas un moyen de se protéger.


Désinfecter les pattes son animal domestique peut être dangereux, il ne faudrait surtout pas lui faire de mal.


Il n’est pas non plus démontré que nous devions retirer nos vêtements, «à moins de revenir d’une unité de réanimation», précise Étienne Lengline.


Dormir dans deux lits séparés, utiliser des salles de bain différentes ou encore ne pas partager serviettes, verres et couverts, ne sont pas des mesures à considérer. Nous n’avons pas tous plusieurs lits ni plusieurs salles de bain. L’important est d’avoir une hygiène et des gestes de nettoyage réguliers pour réduire les risques. Cela vaut aussi pour la vaisselle et le linge.


À l’extérieur, comme à l’intérieur, porter des gants est inefficace. En effet précise Thomas, porter des gants «nous donne la sensation d'être à l’abri mais ne protège pas». Rien n’indique que la quantité de virus sur les gants persiste moins longtemps que sur les mains. Il est de plus déconseillé de laver des gants à usage unique car ils perdraient leur propriétés.


Porter des manches longues, s’attacher les cheveux, et retirer les bijoux pour sortir sont inutiles.


Le pictogramme qui propose d’éviter les contacts avec les surfaces extérieures a perdu son sens lors de la traduction. Il s’agit simplement de faire attention à ce que son animal domestique ne se frotte pas partout en promenade.


Ce qu’il n’est pas mauvais d’adopter mais qu’il faut nuancer

Lorsque l’on rentre chez soi, il est important de toucher le moins de choses possibles avant de se laver une première fois les mains. Il faut trier les affaires que l’on rapporte de l’extérieur et garder celles que l’on va réutiliser à l’intérieur, les désinfecter, surtout celles que l’on touche souvent, comme le téléphone et les lunettes. Des études montrent qu’avec une désinfection à l’alcool à 70° ou avec de l’eau de javel diluée au 50e, le virus disparaît au bout de 5 minutes. Une fois les affaires désinfectées, ainsi que les choses que l’on a touchées en rentrant, comme les poignées de portes, on pense à se relaver les mains.


Lorsque l’on vit avec une personne considérée comme étant à risque, on maintient toutes les habitudes de nettoyage de son corps et de son intérieur en y ajoutant la désinfection régulière des objets que l’on manipule souvent, et que l’on partage. Bien aérer – plutôt que ventiler – son logement quotidiennement est nécessaire. Maintenir une distance dans un même logement est difficile à respecter, voire à vivre, mais c’est à chacun d'adopter le comportement qu’il estime être le bon.


Qui sont les personnes à risque ?

Être une personne à risque, c’est avoir un risque plus élevé d’être contaminé ou de développer une forme sévère de la maladie.


Au regard des connaissances sur cette infection et sur sa contagion, on peut dire que les formes graves se développent plus largement sur des personnes de sexe masculin, sur des personnes âgées de plus de 60 ans, et sur des personnes en surpoids et obèses.



Ce que l’on garde de l'infographie pour limiter les risques de contamination

Pour réduire les risques d'infection, il faudra porter un masque, dans la mesure où il est porté correctement (Comment bien mettre un masque par les équipes du CHU de Nantes) et maintenir une distanciation sociale. Si vous n’avez pas de masque et que vous vous trouvez en interaction avec quelqu’un, veillez à bien respecter une distance de deux mètres.


L’essentiel est de se laver les mains ou de les désinfecter après avoir touché quelque chose de suspect, comme pourrait l’être une surface partagée avec d’autres personnes. La plupart de ces mesures procèdent de notre bon sens, une fois certaines connaissances mises à jour.


Bien entendu, il faut appeler votre médecin et consulter en cas de symptômes ou si la température du corps atteint 38°.

Fiche Enquête

La fiche ci-dessous résume le parcours et la méthodologie employés pendant notre enquête.

Information

Vérifiée et essentiellement vraie

Première apparition sur le web
25 Mar 2020
Dernière modification de la fiche de l'enquête
02 Jul 2020
Lieu de publication constaté

Non renseigné

Actions entreprises par les journalistes

Nous avons réussi à déterminer le chemin de cette infographie : première publication en espagnol sur la page facebook d'une ONG bolivienne (GEOS) qui en seraient les auteurs, puis reprise sur le site de l'UNICEF Pérou. Elle a ensuite été "traduite" par un blogueur (Instinct-Voyageur.fr) qui l'a postée sur ses pages le 23 mars avec une invitation à la faire circuler. Elle a été discutée par une CPTS à Avignon et proposée par un membre de l'USPO, qui l'a publiée le 25 mars en omettant d'en citer sources et crédits. Depuis, elle a pu être lue et distribuée auprès de 22 000 officines. Nous cherchons à déterminer la ou les bonnes pratiques fausses indiquées sur cette infographie. Nous tentons de faire appel à un spécialiste de Santé Publique France ou d'une agence de santé régionale pour les étudier, à KezaCovid, à l'USPO, au blogueur.

Pistes et conclusions

L'origine de l'infographie 

L'infographie ne comportait pas, dans sa version sur le site de l'USPO, de mention de l'auteur ou de l'organisme qui a émit ces recommandations retranscrites en pictogrammes visuels.

Contacté par Journalistes Solidaires, l’USPO a indiqué avoir récupérée de l’un de ses membres, la Communauté des professionnels territoriales de Santé d’Avignon et que la trouvant efficace, la structure syndicale a jugé opportun de la partager à son réseau. 

La première version française se retrouve sur le site d’un blogueur orienté voyage, qui indique l’avoir traduit rapidement l’infographie de l’espagnol et publiée le 23 mars.  Il indique l’avoir récupéré de l'association bolivienne GEOS, qui l'a initialement le 18 mars.  Elle est référencée sur le site de l'UNICEF Pérou qui a ainsi repris le travail de l'une de ses ONG affiliées. 

Ce ne sont pas par ailleurs pas les seuls à avoir trouvé cette infographie parlante : le premier ministère du Mali, suivi par plus de 50000 abonnées sur Twitter, l'a également reprise le 26 mars.

 Cette infographie partage-t-elle des recommandations fausses ?

Pour décrire, critiquer, reformuler ou encore écarter certaines mesures de cette infographie, il faut s’autoriser différents niveaux de lectures : on doit tenir compte des connaissances scientifiques que nous avons du virus, des caractéristiques épidémiologiques mais aussi de nos pratiques sociologiques de vie. C’est pourquoi nous proposerons d'en nuancer certaines, d’en écarter d’autres et de rappeler celles qui se montrent efficaces. Pour nous accompagner dans ce questionnement, nous avons solliciter l'expertise de Thomas, biologiste et chimiste en CHRU, et Etienne, médecin hématologue en réanimation à l’hôpital Saint-Louis.

Equipe Journalistes Solidaires

Emmanuelle Corne

Chloé Ruellan

© Journalistes Solidaires

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